Pousser (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Faire pression contre quelqu'un ou contre quelque chose, pour l'ôter de sa place. "Pousser quelque chose avec la main, avec le pied. Pousser un fauteuil, une chaise, un lit. Pousser quelqu'un dans un précipice. Pousser quelqu'un dehors. Ne poussez pas!"
"Pousser quelqu'un du coude, du genou", Le toucher doucement avec le coude, avec le genou, pour l'avertir de quelque chose, pour lui faire prendre garde à quelque chose. On dit quelquefois simplement, dans le même sens : Pousser. "Il me poussa pour m'avertir que j'allais dire quelque chose de trop."
Fig. et fam., "Va comme je te pousse," N'importe comment". Ce travail a été fait va comme je te pousse : il est entièrement à recommencer".
POUSSER signifie aussi Imprimer quelque mouvement à un corps, soit en le lançant, soit en le frappant. "Pousser une balle. Pousser le dé. Les vents ont poussé le navire dans le port, contre des récifs. Pousser la porte".
Fam., "Pousser la porte au nez de quelqu'un", Empêcher quelqu'un d'entrer, en fermant la porte brusquement. "Il voulait entrer dans la chambre, mais on lui poussa la porte au nez".
En termes d'Escrime, "Pousser un coup de fleuret, un coup d'épée, une botte à quelqu'un", Lui porter un coup de fleuret, un coup d'épée, une botte.
Fig. et fam., "Pousser une botte à quelqu'un", L'attaquer de paroles et le presser vivement.
Fig. et fam., "Pousser sa pointe", Courtiser une femme, se montrer entreprenant auprès d'elle.
En termes de Dorure sur cuir et de Reliure, "Pousser des filets, des nervures, etc"., Imprimer sur le cuir des ornements, par le moyen de roulettes ou de fers à dorer.
POUSSER se dit encore des Paroles, des sons, qui sortent de la bouche avec force. "Il poussait des cris. Pousser des soupirs. Pousser des hurlements. Pousser des paroles entrecoupées de soupirs."
Il signifie aussi Porter plus loin, reculer. "La pièce de terre qu'il vient d'acheter le force à son mur de clôture plus loin. Le traité de paix a poussé nos frontières jusqu'à tel fleuve".
Il signifie encore Prolonger, étendre. "Il faudrait ce parterre plus loin. Il faut cette allée jusqu'à tel endroit. Alexandre a poussé ses conquêtes jusqu'à l'Indus."
Il s'emploie aussi figurément et signifie Presser, attaquer, choquer quelqu'un. "Vous me poussez trop. Si vous le poussez davantage, il sera obligé de se défendre. Il l'a poussé vivement dans la dispute."
"Pousser quelqu'un à bout", Le mettre en colère à force d'abuser de sa patience. "Vous me poussez à bout." On dit de même "Pousser à bout la patience de quelqu'un."
"Pousser quelqu'un dans ses derniers retranchements", Le forcer, dans une discussion, à donner ses derniers arguments, à avouer ce qu'il avait réussi à cacher ou à réserver jusque-là.
POUSSER signifie aussi Engager fortement, inciter quelqu'un. "On l'a poussé à se fâcher, à se battre, à déshériter son fils. Je ne voulais pas faire cette acquisition, c'est lui qui m'y a poussé".
Il signifie encore, figurément, Porter en avant quelqu'un, le faire avancer. "C'est un tel qui l'a poussé. Pour réussir dans cette carrière, il faut être poussé par des gens influents. Se dans l'industrie, dans les finances".
"Pousser quelqu'un dans le monde", Lui faciliter les moyens d'y faire sa fortune, d'accéder à une situation supérieure.
"Pousser un écolier, un élève", Lui faire faire des progrès. "Ce maître ne pousse pas assez ses élèves. Il l'a poussé assez loin dans les mathématiques". Il se dit plus particulièrement des Sujets que l'on distingue. "Il ne s'occupe guère de sa classe, mais il pousse les premiers".
"Pousser un cheval", Lui faire donner tout l'effort dont il est capable. On dit, par analogie, "Pousser sa voiture", en parlant d'une Automobile. "Il ne faut pas à fond le moteur".
POUSSER s'emploie aussi figurément en parlant des Choses et signifie Porter, étendre. "Pousser la raillerie trop loin. Pousser l'impudence, l'effronterie, la fourberie à l'extrême. Pousser bien loin la patience. Pousser un raisonnement jusqu'au bout. Il pousse la valeur jusqu'à la témérité, la libéralité jusqu'à la profusion. Il a poussé loin sa fortune. Pousser les choses à l'extrême. Pousser un raisonnement jusqu'au bout."
"Pousser ses succès", Les augmenter, les continuer. On dit dans le même sens : "Pousser son avantage. Pousser sa pointe."
"Pousser son travail", Le faire avancer. On dit de même "Pousser des travaux, les avec activité."
"Pousser une affaire", La poursuivre avec activité. "Pousser le siège d'une place, etc."
"Pousser jusqu'au bout l'aventure", Suivre jusqu'à son dénouement, jusqu'à sa conclusion une aventure dans laquelle on s'est engagé.
"Pousser les choses au noir", Avoir un parti pris de pessimisme.
"Pousser une chose aux enchères", Porter l'enchère jusqu'à un certain prix. "Il a poussé ce tableau jusqu'à cent mille francs".
Absolument et familièrement, "Poussez!" Allez toujours, continuez. Il est vieux.
POUSSER se dit en outre des Arbres et des plantes, dont les racines, les branches, les fleurs, etc., croissent, se développent. "Les arbres commencent à des boutons, des feuilles. Cet arbre pousse ses racines entre deux terres. Cet arbre ne pousse que du bois".
POUSSER est aussi intransitif et signifie Croître, se développer. Il se dit particulièrement de Toute croissance qui a lieu dans les arbres et dans les plantes. "Les arbres commencent à . Ces fleurs poussent déjà. Les blés ont bien poussé."
Il se dit aussi de la Barbe, des cheveux, du poil, des dents, des ongles, etc. "Sa barbe, ses cheveux, ses ongles ont beaucoup poussé pendant sa maladie. Le poil des chevaux pousse pendant l'hiver. Il a poussé une nouvelle dent à cet enfant".
POUSSER, , signifie aussi Exercer une poussée, une pression. Il se dit spécialement, en termes d'Architecture, des Terres, des voûtes, etc., qui font effort, par leur poids, contre les constructions destinées à les soutenir. "Les terres ont poussé contre le mur du quai, de la terrasse. L'arche a poussé contre les culées du pont".
"Ce mur pousse en dehors", Une pression le porte en dehors, il subit une déformation et menace ruine.
Fig. et fam., "Pousser à la roue", Aider. "Il aurait obtenu cette grâce si quelqu'un avait poussé à la roue".
POUSSER signifie encore Se porter en avant, s'avancer. Il a poussé droit à son adversaire.
Pousser aux ennemis
, Aller aux ennemis pour les charger. Il est vieux et ne se disait que de la Cavalerie.
Fam., "Pousser jusqu'à tel endroit", Continuer sa route, sa marche jusqu'à tel endroit. "Nous poussâmes jusqu'à la ville. Poussons jusqu'à ce village, et là nous ferons une halte".
"Ce tableau pousse au noir", Ses couleurs noircissent.
POUSSER, , se dit aussi des Chevaux qui ont la respiration difficile. "Un cheval qui pousse. Ce cheval pousse beaucoup."
"Vin poussé", Vin gâté par une chaleur qui le fait fermenter hors de saison.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Ôter quelqu'un ou quelque chose de sa place, avec une idée d'effort ou de violence. Pousser quelqu'un dans un précipice. Poussez-lui un fauteuil.
SÉV.: « Laissez-moi ce discours [Mme de Grignan avait dit que sa jeunesse était chose perdue] ; quand vous le faites, il me pousse trop loin »
MARIVAUX: « Il y a bien du monde ; on nous pousse ; que j'aie l'honneur de vous donnez la main pour plus de sûreté, madame »
MONTESQ.: « le moine ne poussa dehors, ferma la porte.... »
COLLÉ: « Qu'il m'eût poussé un peu plus fort, et il m'eût jeté à terre »
    Fig.
BALZ.: « De cette sorte, sans faire de hautes exclamations, il [un courtisan calomniateur] persuade une âme timide, et pousse la crainte dans la cruauté »
SÉV.: « Une pensée, une affaire, une occupation pousse ce qui est devant elle ; ce sont des vagues, la comparaison du fleuve est juste »
SÉV.: « Quand il [le temps] me déplaît... je le pousse à l'épaule... puis quand je pense à ce que je pousse... et sur quoi cela roule, et où cela me pousse moi-même... je n'ose plus rien »
BOSSUET: « Cette recrue continuelle du genre humain, je veux dire les enfants qui naissent, à mesure qu'ils croissent et qu'ils s'avancent, semblent nous de l'épaule, et nous dire : retirez-vous, c'est maintenant notre tour »
LA BRUY.: « Famille auguste mais malheureuse que la piété et la religion avaient poussée jusqu'aux dernières épreuves de l'adversité »
    fig. Il va comme on le pousse, se dit d'un homme qui obéit aux suggestions d'autrui.
    Fig. Va comme je te pousse, se dit d'une affaire qui va de soi et s'en qu'on s'en mêle.
MARIVAUX: « C'est maintenant qu'il faut dire : Va comme je te pousse ; vive l'amour, mon cher maître »
    Fig. Pousser le temps avec l'épaule, Voy. ÉPAULE.
    Pousser le temps, s'en débarrasser, se hâter le plus qu'on peut.
SÉV.: « Quand vous étiez à l'hôtel de Carnavalet..., je ménageais les heures, j'en étais avare ; dans l'absence, ce n'est plus cela, on ne s'en soucie point ; on les pousse même quelquefois »
    Terme de marine. Pousser la planche, faire glisser du navire à terre la planche au moyen de laquelle on pourra descendre du bâtiment sur le quai ou sur le rivage.

 2   Pousser quelqu'un du coude, du genou, le toucher doucement avec le coude, le genou, pour l'avertir, lui faire prendre garde.
    On dit, dans le même sens, , sans adjonction d'un mot.
RETZ: « M. le Prince, quoique animé par le prince de Conti, qui le poussa, ce qui fut remarqué de tout le monde, comme pour le presser de s'en ressentir, ne s'emporta point »
SÉV.: « Je vois Mme de Gêvres qui dégante sa main maigre ; je pousse Mme d'Arpajon, elle m'entend et se dégante »

 3   Pousser, faire reculer, quand celui qui pousse est en face.
PELLISSON: « Croyant qu'après que les ennemis auraient poussé ce régiment, quelque autre des nôtres voudrait les eux-mêmes »
FLÉCH.: « Ce vaillant homme, poussant enfin, avec un courage invincible, les ennemis qu'il avait réduits à une fuite honteuse »
FÉN.: « Mentor, ayant achevé de mettre les ennemis en désordre, les tailla en pièces, et poussa les fuyards jusque dans les forêts »
    faire avancer, quand celui qui pousse est par derrière.
CORN.: « J'allais de tous côtés encourager les nôtres, faire avancer les uns, et soutenir les autres, Ranger ceux qui venaient, les à leur tour »
BOSSUET: « Dès l'âge de vingt-six ans aussi capable de ménager ses troupes, que de les dans les hasards, et de céder à la fortune que de la faire servir à ses desseins »

 4   Communiquer un mouvement à un corps, en le jetant ou en le frappant. Pousser une balle avec la raquette.
RAC.: « Troie en a vu la flamme [de Lesbos conquise], et jusque dans ses ports Les vents en ont poussé les débris et les morts »
VOLT.: « Les Zaporaviens, selon les lois se jetèrent les uns aux autres ce pauvre homme, comme on pousse un ballon »
VOLT.: « Vous qui en savez tant, dites-moi pourquoi un corps en pousse un autre »
BUFF.: « Ses pieds ont de larges rames, et ses grandes ailes, demi-ouvertes au vent, sont les voiles qui poussent le vaisseau, navire et pilote à la fois »
    Pousser un clou dans une muraille, dans du bois, l'y faire entrer en frappant dessus avec le marteau.
    Pousser la porte au nez de quelqu'un, la fermer au moment où il va entrer.
    Pousser la porte, signifie aussi la mettre près du montant, sans la fermer tout à fait.

 5   Terme d'arts. Pousser des moulures, les former sur le bois, le plâtre.
    Terme de charpentier. Pousser les marches, faire des moulures sur le devant des marches.
    Terme de menuiserie. Pousser à la main, travailler des moulures à la main.
    Terme de relieur. Prendre l'or avec le fer à dorer et l'appliquer sur la couverture du livre. Pousser des fers, des filets.
LESNÉ: « Alors que vous poussez quelques riches dentelles, Laissez régner autour un filet privé d'or »

 6   Terme d'escrime. Pousser une botte à quelqu'un, lui porter un coup de pointe.
    Absolument.
MOL.: « Quand on pousse en quarte, on n'a qu'à faire cela ; et, quand on pousse une tierce, on n'a qu'à faire cela »
MOL.: « Tu me pousses en tierce avant que de en quarte, et tu n'as pas la patience que je pare »
    Fig.
P. L. COUR.: « Poussez à Marcassus, poussez à Marcellus la métaphore, l'antithèse, l'hypotypose »
    Fig. et absolument. Pousser, lancer des arguments, des attaques.
VOLT.: « Beaumont pousse à Jean-Jacque, et Jean-Jacque à Beaumont »
    Fig. Pousser une botte à quelqu'un, l'attaquer de paroles, le presser vivement.
    Par analogie.
MOL.: « Les rieurs sont pour vous, madame, c'est tout dire ; Et vous pouvez contre moi la satire »
BOISSY: « Ah ! vous m'allez un argument »

 7   Faire sortir de la poitrine ou de la bouche.
ROTROU: « Après les avoir vus [les martyrs] d'un visage serein Pousser des chants aux cieux dans des taureaux d'airain »
CORN.: « Et, parmi les soupirs qu'il pousse vers les cieux »
CORN.: « Dans un tel entretien il [un amant] suit sa passion, Et ne pousse qu'injure et qu'imprécation »
SACI: « Je ai des hurlements comme les dragons, et des sons lugubres comme les autruches »
MASS.: « Il pousse du fond de sa tristesse des paroles entrecoupées de sanglots, qu'on n'entend qu'à demi »
    Fig. Pousser des soupirs pour une femme, lui témoigner l'amour qu'on a pour elle.
RAC.: « Que dit-on des soupirs que je pousse pour elle ? »
    Pousser se dit aussi des instruments qui rendent un son.
CORN.: « Des flûtes au troisième [bateau], au dernier des hautbois, Qui tour à tour dans l'air poussaient des harmonies Dont on pouvait nommer les douceurs infinies »
    Pousser la voix, la voix davantage (locutions vieillies), parler plus haut.
FONT.: « La pythie poussait une voix plus qu'humaine »

 8   Manifester avec force, avec ardeur.
SCARR.: « On ne demande plus parmi eux si on est honnête homme, on demande si on pousse les beaux sentiments »
MOL.: « Il faut qu'un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentiments, le doux, le tendre et le passionné, et que sa recherche soit dans les formes »
MOL.: « Il attirait les yeux de l'assemblée entière Par l'ardeur dont au ciel il poussait sa prière »
BOSSUET: « Il faut ce désir avec toute la pureté de la nouveauté chrétienne ancer, en parlant d'une lueur qui est projetée. »
CORN.: « Pareil à ces éclairs qui, dans le fort des ombres, Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres »
CHATEAUBR.: « Parti des murailles du ciel, un rayon pousse au loin dans le sein des ombres une douteuse et tremblante aurore »

 10   Faire naître.
CORN.: « Un moment pousse et rompt un transport violent ; Mais l'indignation qu'on prend avec étude, Augmente avec le temps, et porte un coup plus rude »

 11   Faire aller.
CORN.: « Rome.... Va jusqu'en l'Orient tes bataillons »
CORN.: « Enfin il a poussé nos armes fortunées Jusques à vous réduire au pied des Pyrénées »

 12   Porter plus loin, étendre. Il faut cette allée jusque dans les champs. On a poussé la tranchée, la sape jusqu'à cent pas de la contrescarpe.
SÉV.: « Mme de la Fayette fait encore une augmentation à son appartement, qu'elle pousse jusque sur son jardin »
BOSSUET: « Il [Alexandre] entra dans les Indes, où il poussa ses conquêtes plus loin que le célèbre vainqueur [Bacchus] »
J. J. ROUSS.: « Étant allé voir un jour avec Mme d'Épinay ces ouvrages, nous poussâmes notre promenade un quart de lieu plus loin »
J. J. ROUSS.: « Mlle du Châtelet m'apprit qu'en effet son amie avait passé à Lyon, mais qu'elle ignorait si elle avait poussé sa route jusqu'en Piémont »
    Terme de marine. Pousser une bordée, la prolonger plus qu'à l'ordinaire.

 13   Prolonger, faire durer.
MOL.: « Amphitryon, c'est trop l'amusement ; Finissons cette raillerie »
SÉV.: « Je ne ai point ce séjour-ci plus loin que le beau temps.... »
SÉV.: « Le pauvre M. de Montausier est encore à l'extrémité, poussant son bon esprit au-delà de l'agonie »
FONT.: « Il vint chez elle du monde qui y demeura jusqu'au soir, selon l'ennuyeuse coutume de la campagne ; encore leur fut-on bien obligé, car la campagne leur donné aussi le droit de leur visite jusqu'au lendemain, s'ils eussent voulu »
    Dans un langage rude et familier. Prolonger la vie d'un agonisant.
DIDER.: « Il s'adresse au père infirmier ; celui-ci lui dit... ' Il y a un grand garçon qui n'a plus que deux heures à aller... ' on tâchera de vous le ' »
    Étendre plus loin, en parlant d'un récit, d'annales. Pousser l'histoire de France jusqu'à la Révolution.
CORN.: « Mais pour toute nouvelle on dit qu'il est vivant ; Aucun n'ose l'histoire plus avant »
FONTEN.: « Si l'oracle de Delphe a été plus loin, du moins nous ne pouvons pas plus loin son histoire »

 14   Fig. Porter, étendre, en parlant de choses intellectuelles, morales, abstraites. Il a bien poussé sa fortune.
PASC.: « C'est ce que vous répétez dans tous vos écrits, et que vous poussez jusqu'à dire : que j'ai tourné les choses saintes en raillerie »
SÉV.: « Ma fille vous écrit, et vous parlera sans doute de l'inquiétude qu'elle a de son fils ; et, comme elle pousse toujours ses pensées au delà de la vérité... »
MAINT.: « Sans doute on pousse trop loin l'aversion de votre religion [le protestantisme] ; mais ne poussez-vous pas trop loin aussi les préventions de votre enfance ? »
FÉN.: « Il ne faut pas cette crainte trop loin »
ROLLIN: « Il paraît... que les anciens avaient poussé la partie du dessin, du clair-obscur, de l'expression et de la composition, aussi loin que les modernes les plus habiles peuvent l'avoir fait »
FONTEN.: « Pousserons-nous assez loin la sincérité que nous nous sommes toujours prescrite, pour oser dire ici qu'il lisait jusqu'à des romans et y prenait beaucoup de plaisir ? »
VOLT.: « Il [Platon] poussa son roman jusqu'à dire qu'autrefois les âmes humaines avaient des ailes, que les corps des hommes avaient été doubles »
VOLT.: « Ils [Catherine II et le roi de Pologne] poussent l'un et l'autre la bonté jusqu'à me dire que mes faibles écrits n'ont pas peu contribué à leur inspirer ces sentiments [de tolérance] »
VOLT.: « Strafford poussa la vertu jusqu'à supplier lui-même le roi de consentir à sa mort, et le roi poussa la faiblesse jusqu'à signer cet acte fatal, qui apprit aux Anglais à répandre un sang plus précieux »
VOLT.: « L'archevêque Péréfixe pousse jusqu'à cent mille le nombre des victimes frappées dans la proscription de Charles IX »
    Pousser ses succès, les continuer, les rendre plus décisifs.
    Pousser son travail, s'en occuper avec activité et continuité.
    Pousser des travaux, les faire avancer vers leur fin.
ROLLIN: « Ils [les Samaritains] en obtinrent [du roi de Perse] un ordre qui portait défense aux juifs de plus loin la construction de leur ville et de leur temple »
    Absolument et familièrement. Poussez, continuez.
MOL.: « Pousse, mon cher marquis, pousse »
MOL.: « Allons, ferme ! poussez, mes bons amis de cour, Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour »
    Pousser les études, y donner plus d'extension que d'habitude.
J. J. ROUSS.: « M. l'abbé de Gouvon était un cadet destiné par sa famille à l'épiscopat, et dont par cette raison l'on avait poussé les études plus qu'il n'est ordinaire aux enfants de qualité »
    Poursuivre avec activité.
SÉV.: « Quoique tous les parents consentent à ce mariage [de Mlle de Mazarin avec le marquis de Richelieu qui l'avait enlevée], le Mazarin ne laisse pas de les informations [judiciaires] »
    Pousser jusqu'au bout l'aventure, suivre jusqu'à sa conclusion quelque tentative, quelque affaire où on est engagé.
    On dit de même : plus loin.
LA FONT.: « L'Époux ne voulut point plus loin la chose »
    Pousser sa pointe, poursuivre avec vigueur ce qu'on a commencé.
LESAGE: « Quoi qu'il en soit, poussons notre pointe, faisons demander la dame en mariage... »
    Pousser sa chance, sa fortune, tenter tout ce que la chance, la fortune offre actuellement.
MOL.: « J'avais beau m'en défendre, il a poussé sa chance »
MOL.: « Elle se rend à sa poursuite ; il pousse sa fortune ; le voilà surpris avec elle par ses parents »
    Pousser les affaires, aller en quelque chose jusqu'aux extrémités.
MOL.: « Je crains que le pendard, dans ses voeux téméraires, Un peu plus fort que jeu n'ait poussé les affaires »
    Pousser une affaire, se dit des affaires d'honneur dans lesquelles on ne fait aucun compromis.
MOL.: « Et l'on m'a vu dans le monde une affaire D'une assez vigoureuse et gaillarde manière »
    On dit de même : les choses.
MOL.: « Voilà, mon gendre, comme il faut les choses »
    Pousser la chose ou les choses, les ramener à une extrémité.
RETZ: « Je connaissais le parlement pour un corps qui ait tout sans mesure »
MOL.: « N'allez point les choses dans les dernières violences du pouvoir paternel »
BOURSAULT: « J'ai reçu votre plainte, et je sais tout cela ; Ne poussez point la chose, et tenez-vous-en là »
BOSSUET: « Voilà jusqu'où M. Jurieu pousse les choses par ses séditieux raisonnements »
    Pousser les choses plus loin, renchérir sur ce qu'on avait fait ou dit jusqu'alors.
BOSSUET: « Celles-ci [consciences] poussent encore les choses plus loin [que les consciences qui se glorifient de leurs défauts] »

 15   Appuyer sur, examiner au fond.
MOL.: « Nous sommes ici sur une matière que je serai bien aise que nous poussions »
PASC.: « Mais, mon père, qui voudrait cela, vous embarrasserait »
PASC.: « Assez instruit de vos maximes et bien résolu de les autant que je croirai que Dieu m'y engagera »
    Développer.
SÉV.: « Si vous trouvez que je pousse un peu trop loin ce chapitre, c'est qu'il me tient au coeur par dessus toutes choses »
SÉV.: « Plus je donne de force à mes raisons, et plus il pousse les siennes [de quitter le service] avec une volonté si déterminée... »
SÉV.: « Là-dessus M. de Louvois entra sur ce même ton dans la plaisanterie ; cela fut poussé un quart d'heure fort agréablement »
MASS.: « Poussez le parallèle, et vous verrez que vous êtes plus encore votre idole et votre divinité, que le Seigneur n'est le Dieu de ceux qui l'aiment et qui l'invoquent »

 16   Faire avancer quelqu'un, lui faciliter les moyens de faire fortune.
VERTOT: « Métellus, si bon juge de valeur, le poussa [Marius] depuis aux premières charges de l'armée »
MARIVAUX: « Voici un jeune homme qui vous convient, qui est fort honnête garçon, que je ai »
PICARD: « Tu as de l'esprit, de la littérature ; je te prônerai, je te servirai, je te ai »
    Faire entrer dans une carrière.
J. J. ROUSS.: « Le monde est plein d'artisans et surtout d'artistes qui n'ont point le talent naturel de l'art qu'ils exercent, et dans lequel on les a poussés dès leur bas âge »
    Pousser un élève, un écolier, lui faire faire des progrès. Il l'a poussé assez loin dans les mathématiques.

 17   Presser, en parlant d'animaux qu'on excite à courir.
SCARR.: « Cela dit, il poussa son cheval à travers les champs, et son camarade le suivit »
BARTHÉL.: « Lorsqu'il [Hippolyte] poussait son char dans la carrière »
    Fig. et familièrement. Pousser son bidet, aller rapidement à son but.
MOL.: « Moquez-vous des sermons d'un vieux barbon de père ; Poussez votre bidet, vous dis-je, et laissez faire Fig. Engager fortement, induire, exciter. »
CORN.: « Le roi sait quels motifs ont poussé l'un et l'autre »
LA FONT.: « La faim, l'occasion, l'herbe tendre et, je pense, Quelque diable aussi me poussant »
MOL.: « Quel besoin si pressant avez-vous de rimer, Et qui diable vous pousse à vous faire imprimer ? »
BOSSUET: « Les excès où le mépris de la religion ancienne et celui de l'autorité de l'Église ont été capables de les hommes »
RAC.: « dans le temple des juifs un instinct m'a poussée »
PICARD: « Jugez comme je serai une personne dangereuse, si je voulais les à mal »
    Absolument.
CORN.: « Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler, Quand il ne les peut rompre, il pousse à reculer »
BÉR.: « Faites achat d'un vin qui pousse à vivre »
    Faire agir.
RAC.: « Je sais par quels ressorts on le pousse, on l'arrête »
    Conduire.
MOL.: « Il y a été poussé par sa destinée »

 19   Presser quelqu'un, ne pas lui laisser de retraite, d'échappatoire.
SÉV.: « J'étonnai un peu ma petite huguenote... je ne la poussai point sur le saint sacrement »
SÉV.: « Et M. Fouquet, quoiqu'il ait trop appuyé sur cet endroit où on le pouvait , il se trouve pourtant que par l'événement il aura bien dit »
SÉV.: « On ne sait point le véritable état de son affaire [ de M. de Luxembourg, sur les empoisonnements], ni sur quoi on le pousse »
FÉN.: « Puisque vous me poussez, je vous dirai que le désintéressement et la modération valent mieux qu'un peu de naissance »
    Pousser à bout, ne pas laisser d'échappatoire.
BOURSAULT: « Ils n'ont rien épargné pour me à bout ; Permettez qu'à mon tour, seigneur, je les y pousse »
RAC.: « Poussons à bout l'ingrat, et tentons la fortune »
    Pousser à bout quelqu'un, se dit dans une discussion, quand on réduit quelqu'un à ne pouvoir répondre.
    Pousser à bout quelqu'un, l'irriter, à force d'abuser de sa patience.
CORN.: « La reine, après tout, sachant ce que je puis, me pousse trop à bout »
HAUTEROCHE: « Madame, en vérité, c'est le à bout, Il pourra faire éclat »
    On dit de même : à bout la patience de quelqu'un.
BUSSY: « Je voudrais vous parler de tout ; Mais je fais mal et vers et prose, Et ne ais autre chose Que votre patience à bout »
BOILEAU: « Mais puisque vous poussiez ma patience à bout, Une fois en ma vie il faut vous dire tout »
ROLLIN: « Le roi... poussa à bout la patience des peuples, de sorte que tous ses sujets se trouvèrent disposés à une révolte générale »
    Pousser à bout une chose, la à toute extrémité.
FÉN.: « Vous croyez apparemment que les fautes ne sont plus fautes, pourvu qu'on les pousse à bout avec une pleine autorité »
    Pousser quelqu'un à la dernière extrémité, le réduire à l'état le plus fâcheux.
MOL.: « Je ne suis pas la première qui ait su recourir à de pareilles vengeances, qui n'ait pas fait difficulté de se donner la mort pour perdre ceux qui ont la cruauté de nous à la dernière extrémité »
    Pousser quelqu'un de questions, de plaisanteries, l'interroger beaucoup, le plaisanter beaucoup.

 20   Pousser quelqu'un, entrer en lutte avec lui, l'offenser.
CORN.: « Il fait mauvais tant de gens en colère »
MOL.: « Et je ne sais pourquoi votre âme ainsi s'emporte, Madame, à me de cette étrange sorte »
MOL.: « Je vous le dis encore, armé de ce qu'il a, Vous ne deviez jamais le jusque-là »
RAC.: « Chicaneau : Vous me poussez. - La comtesse : Bon homme, allez garder vos foins »
FÉN.: « Ce n'est que mon éloquence [de moi, Cicéron] qui a causé ma mort ; et, si j'avais moins poussé Antoine, je serais encore en vie »
    Perdre, écraser.
COSNAC: « Je ne sais si on voudra m'en croire ; mais il est vrai pourtant qu'au milieu de la joie que j'eus de me voir appuyé par de si puissants protecteurs, je ressentis une espèce de douleur de reconnaître qu'un homme à qui j'avais tant d'obligation, prince du sang, neveu du premier ministre, n'eût pas le pouvoir de un domestique [lui, Cosnac, poursuivi par le prince de Conti, son maître, mais protégé par la reine mère, le roi et Mazarin] »

 21   Terme de nourrisseur. On pousse les vaches au lait, lorsqu'on prolonge activement la lactation pendant un an environ, au lieu de six à sept mois, terme moyen de sa durée dans les pays où l'on fait des élèves.
    familièrement. Pousser quelqu'un de nourriture, le faire trop manger. Il est poussé de nourriture, il a trop mangé.

 22   Pousser le feu, le rendre plus vif, activer la combustion.
BONNET: « M. Needham vous avez objecté qu'en poussant trop le feu, vous aviez altéré l'air des vases.... »

 23   Faire monter le prix d'un objet par des enchères.
Mme DU DEFFANT: « C'est M*** qui a si extravagamment poussé ce bijou »

 24   Produire, en parlant d'êtres vivants ou de parties d'êtres vivants. La vigne pousse beaucoup de bois. Cet arbre pousse des rejetons nouveaux.
BOSSUET: « Quand on dit que la terre pousse beaucoup d'herbe ou qu'une branche a poussé un grand rejeton.... »
BONNET: « Je vis le même individu [polype] laissé dans l'eau pure successivement douze têtes, après avoir été mutilé onze fois dans sa partie antérieure »
    Pousser les dents, se dit du travail de la dentition.
SÉV.: « Quand les enfants n'ont pas la force de les [les dents] dans le temps, ils n'ont pas celle de soutenir le mouvement qui les veut faire percer toutes à la fois »
    Pousser ses dents, se dit d'un cheval dont les dents qui succèdent aux dents de lait commencent à paraître.
    Pousser le rouge, voy. ROUGE.

 25   V. n. faire effort pour déplacer. Vous poussez bien rudement.
    Fig. Pousser à la roue, aider.

 26   Terme d'architecture. Faire effort, par le poids, contre des constructions. La voûte a poussé sur les murs. Les terres poussent contre le mur de la terrasse.
    Le mur pousse en dehors, il se jette en dehors et menace ruine. Il pousse au vide, il fait ventre.

 27   Pousser, se porter, s'avancer sur, contre.
CORN.: « Il pousse dans nos rangs, il les perce et fait voir Ce que peut la vertu qu'arme le désespoir »
RAC.: « Hippolyte lui seul,... saisit ses javelots, Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre Il lui fait dans le flanc une large blessure »
HAMILT.: « Il ne part pas un lièvre que vous ne poussiez après »
    Pousser aux ennemis, aller aux ennemis pour les charger ( locution vieillie et qui ne se disait que de la cavalerie).
    Pousser jusqu'à un lieu, aller jusqu'à ce lieu.
SÉV.: « Si absolument vous voulez jusqu'à Essonne, épargnez-vous au moins de faire quatorze lieues en un jour »
HAMILT.: « J'avais envie de jusque à la vedette »
COLLIN D'HARLEV.: « J'ai poussé jusqu'au bout de la grande avenue »
    Terme de marine. Pousser au large, s'écarter d'un quai, d'un bâtiment, etc. étant dans une embarcation.
    Pousse au large, commandement fait à une embarcation qu'on veut faire déborder, qu'on veut re loin du navire qu'elle se prépare à accoster.
    Pousser de fond, faire effort contre le fond avec des avirons, gaffes ou perches.
    La mer pousse du fond, lorsque, par son agitation, elle remue un fond mobile, rapproché, et qu'elle se charge de ses parties les plus légères.

 28   En parlant des chevaux poussifs, battre des flancs. Ce cheval pousse beaucoup.

 29   Croître, se développer, en parlant de ce qui végète. Ces fleurs poussent déjà. Il ne pousse que des ronces dans son champ. Les blés ont bien poussé cette année.
    Par analogie. Sa barbe, ses cheveux, ses ongles ont beaucoup poussé pendant sa maladie.
    Il se dit aussi d'enfants qui grandissent.
BERANG.: « Pauvres enfants ! chacun d'eux pousse Frais comme un bouton printanier »

 30   Paraître, être produit, en parlant des dents des enfants. Ses dents commencent à . Il lui a poussé une dent.

 31   Terme de peinture. Se dit des couleurs qui ternissent l'éclat et la fraîcheur de celles avec lesquelles elles sont rompues ou que l'on a couchées par-dessus. La terre d'ombre et les noirs poussent beaucoup.
    Ce tableau pousse au noir, les couleurs en noircissent. Les tableaux de Géricault poussent au noir.

 32   Devenir malade de la pousse, en parlant du vin. Ce vin pousse, a poussé.

 33   Se . V. réfl. Être poussé.
BOSSUET: « Leurs années [des mortels] se poussent successivement comme des flots »
    Avancer, en poussant les autres.
BOILEAU: « Je saute vingt ruisseaux, j'esquive, je me pousse »
BÉRANG.: « Tout en chancelant, je me pousse jusqu'au chalet de monseigneur »
P. L. COUR.: « Chacun se lance ; non, à la cour on se glisse, on s'insinue, on se pousse »

 34   Être continué avec activité.
SÉV.: « Le siège de Trèves se pousse vivement »
    Être porté à un certain point, en parlant de choses.
SÉV.: « Cela [une discussion] se pousse fort loin et fort agréablement »
BOSSUET: « Cela se pousse si avant, que par cette légère faute l'âme périrait..., 3. »
J. B. ROUSS.: « Je prendrai un grand intérêt à la brouillerie que vous m'apprenez être survenue entre Saurin et Lamotte, si elle se poussait assez avant pour obliger ce dernier à démasquer son très digne ami, ce père spirituel en Lucifer »

 35   Avancer, faire fortune.
MOL.: « On sait que ce pied-plat... par de sales emplois s'est poussé dans le monde »
BOURDAL.: « L'ambitieux fait consister toute sa sagesse à ne pas manquer une occasion de se aux honneurs du monde »
BOILEAU: « L'âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage, Se pousse auprès des grands, s'intrigue, se ménage »
LESAGE: « Te voilà devenu habile garçon ; il faut songer à te »
VOLT.: « Je serais privé de la protection... de MM. les comédiens ordinaires du roi, et je serais obligé d'aller travailler au feuilles de M. Fréron, pour me dans le monde »

 36   Se de nourriture, manger beaucoup.

 37   S'élever en haut (emploi vieilli).
BOSSUET: « Autant que ce grand arbre s'était poussé en haut, autant semblait-il avoir jeté en bas de fortes et profondes racines »

REMARQUE
    On disait au XVIIe siècle : ' Pousser est nouveau dans une certaine signification : les gens à bout ; ne me poussez pas ; une matière ; cela est trop poussé, ' BOUHOURS, Entr. d'Ariste et d'Eug. II.

HISTORIQUE
    XVème siècle
FROISS.: « Dura le grand estour [combat] et le poulsis plus de trois heures.... lançant et gettant dardes, et poulsans l'un sur l'autre »
    XVIème siècle
AMYOT: « Pyrrhus, se confiant plus à la faveur de fortune qu'au discours de la raison, poulsa oultre contre le bataillon des Macedoniens »
AMYOT: « Il s'en alla en diligence la part où il gisoit, et le trouva qu'il poulsoit encore [respirait], et n'avoit pas perdu toute cognoissance »
PARÉ: « En touchant et tastant l'umbilic dudict enfant, lequel sentiras poulser et battre l'artere umbilicale, s'il a vie »
O. DE SERRES: « Avec les dents naissent les aigneaux, lesquelles ils poulsent à mesure de leur aage »
O. DE SERRES: « Le vin.... jusques à s'enaigrir et »
RONS.: « [La terre] Et, en lieu de donner des moissons abondantes, Ne poussoit que chardons et qu'espines mordantes »
MONT.: « La mer se poulse si fort vers eux, qu'ils ont perdu quatre lieues de.... »
MONT.: « Poulser le mespris de la mort jusques à.... »
MONT.: « Les mauvais moyens pai où on s'y poulse [aux emplois] en nostre siecle »
CHARRON: « Il n'y a que mal qui coule, que mal qui se prepare, et le mal pousse le mal, comme la vague pousse l'autre »
COTGRAVE: « Desquels vins bien scuvent la pluspart se gaste, tourne et aigrist... lesdits marchands pourroient convertir en vinaigres tant leurs dits vins amers poulsez et estonnez, que les lies qu'ils auront, Ordonn déc. 1585. Bien poulsé longuement chancelle »
COTGRAVE: « Un clou sert à poulser l'autre »

ÉTYMOLOGIE
    Prov. pulsar : ital. pulsare ; du lat. pulsare, frapper fréquemment, dérivé de pulsum, supin de pellere, choquer, battre, rattaché par Corssen (Beitr. 308) à la racine sanscrite sphar pour spar, agiter, secouer.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE POUSSER

 21   Ajoutez :
    Pousser d'orge un cheval, lui faire manger beaucoup d'orge.
     Journ. offic. 23 avril 1875, p. 2938, 3e col.: On retirait les chevaux de la charrue et on les poussait d'orge ; on réparait les armes, on achetait des armes, de la poudre

HISTORIQUE
    Ajoutez : XIIème siècle
BENOIT: « Bernart saisirent li premier ; Mais trop fu grefs lor acointier ; Si li ostent le chaperon, Que la gole soz le menton Li unt estreinte e si enpeint Que par un poi nel unt estaint ; Poussent, fierent, grant mal li funt »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Faire effort contre quelqu'un ou contre quelque chose, pour l'ôter de sa place. "Pousser un homme hors de sa place. Ne me poussez pas tant. Vous poussez bien rudement. Pousser quelque chose avec la main, avec le pied. Poussez un peu cela vers moi. Pousser un fauteuil, une chaise, un lit. Pousser quelqu'un dans un précipice. Pousser quelqu'un dehors."
"Pousser quelqu'un du coude, du genou," Le toucher doucement avec le coude, avec le genou, pour l'avertir de quelque chose, pour lui faire prendre garde à quelque chose.
"Pousser les ennemis," Les faire reculer.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie, figurément, Faire avancer quelqu'un dans le monde, le faire monter en grade, lui faciliter les moyens de faire sa fortune. "C'est un tel qui l'a poussé. Pour réussir dans cette carrière, il faut être poussé par des gens en crédit."
Il s'emploie quelquefois, en ce sens, avec le pronom personnel. "Il s'est poussé dans le monde, dans le service, à la cour, dans les finances."
Fig., "Pousser un écolier, un élève," Lui faire faire des progrès. "Ce maître ne pousse pas assez ses élèves. Il l'a poussé assez loin dans les mathématiques."
"Pousser un cheval," Le faire galoper à toute bride.
Fig. et pop., "Pousser son bidet," Marcher rapidement vers la fortune. "Il a bien poussé son bidet."
Prov. et fig., "Pousser le temps avec l'épaule," Temporiser, tâcher de gagner du temps. Il signifie aussi, Se désennuyer comme on peut, en attendant le moment que l'on désire.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Imprimer quelque mouvement à un corps, soit en le jetant, soit en le frappant. "Il pousse bien une balle. Il pousse du premier coup jusqu'au tournant du mail. Vous avez poussé votre boule trop fort. Pousser un ballon avec le poing, avec le bras, avec le pied. Pousser le dé. Les vents ont poussé le navire dans le port, contre des récifs. Pousser la porte."
"Pousser la porte au nez de quelqu'un," Empêcher quelqu'un d'entrer, en fermant la porte brusquement. "Il voulait entrer dans la chambre, mais on lui poussa la porte au nez."
"Pousser un clou dans une muraille, dans du bois," L'y faire entrer à force, en le frappant avec le marteau.
En termes d'Escrime, "Pousser un coup de fleuret, un coup d'épée, une botte à quelqu'un," Lui porter un coup de fleuret, un coup d'épée, une botte.
Fig. et fam., "Pousser une botte à quelqu'un," L'attaquer de paroles et le presser vivement.
Fig. et fam., "Pousser sa pointe," Continuer ce qu'on a entrepris avec la même chaleur qu'on l'a commencé.
"Pousser la voix, la davantage," Parler plus haut. Il vieillit.
"Pousser des cris," Crier. "Pousser des soupirs," Soupirer.
En termes de Menuiserie et de Maçonnerie, "Pousser des moulures," Former des moulures sur le bois, sur le plâtre, dans la pierre, avec les instruments convenables. "Pousser une moulure à la main, au rabot."
En termes de Doreur sur cuir et de Relieur, "Pousser des filets, des nervures, etc.," Former sur le cuir ces sortes d'ornements, en y appliquant de l'or en feuilles par le moyen de roulettes ou de fers à dorer.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Porter plus loin, reculer. "Le morceau de terre qu'il vient d'acheter le force à son mur de clôture plus loin. L'ordonnance sur l'alignement des rues l'oblige à deux pieds plus loin la façade de sa maison. Ce prince a pousse jusqu'à tel fleuve les limites de son royaume."
Il signifie encore, Prolonger, étendre. "Ce mur de clôture n'a pas assez d'étendue, il faut le trois mètres plus loin. Il faudrait ce parterre plus loin. Il faut cette allée jusqu'à tel endroit. On a poussé la tranchée, la sape jusqu'à cent pas de la contrescarpe. Ce prince a poussé ses conquêtes bien loin."
Il s'emploie, figurément et au sens moral, dans la signification de Porter, étendre. "Pousser la raillerie trop loin. Pousser l'impudence, l'effronterie, la fourberie jusqu'au bout. Pousser bien loin la magnificence, le courage, la constance, la patience. Pousser un raisonnement trop loin. Pousser trop loin ses pensées, son ambition, ses espérances, sa vengeance, sa haine. Il pousse la valeur jusqu'à la témérité, la libéralité jusqu'à la profusion. Il a bien poussé sa fortune. Il a poussé loin sa fortune."
"Pousser ses succès," Les augmenter, les continuer.
"Pousser son travail," S'en occuper avec ardeur, avec continuité, et de manière à le faire avancer vers sa fin. On dit de même, "Pousser des travaux, les avec activité."
"Pousser jusqu'au bout l'aventure," Suivre jusqu'à son dénoûment, jusqu'à sa conclusion une aventure dans laquelle on s'est engagé.
Absol. et fam., "Poussez," Allez toujours, continuez.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, figurément, Attaquer, offenser, choquer, presser. "Vous me poussez trop. Si vous le poussez davantage, il sera obligé de se défendre. Il l'a poussé vivement dans la dispute."
Fig., "Pousser quelqu'un à bout," Le mettre en colère, à force d'abuser de sa patience. "Vous me poussez à bout." On dit de même, "Pousser à bout la patience de quelqu'un."
En parlant D'une discussion, "Pousser à bout quelqu'un," Le réduire à ne pouvoir répondre.
Fig., "Pousser quelqu'un de questions, de plaisanteries," Le questionner beaucoup, le plaisanter beaucoup.
Fig. et fam., "Pousser quelqu'un de nourriture, de bonne chère," Le faire trop manger. "Il faut éviter de les enfants de nourriture, de bonne chère. Il est poussé de nourriture," Il a beaucoup mangé. Avec le pronom personnel, "Se de nourriture."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, figurément, Engager fortement, induire, inciter. "On l'a poussé à se fâcher, à se battre, à déshériter son fils. Je ne voulais pas faire cette acquisition, c'est lui qui m'y a poussé."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit en outre Des arbres et des plantes, dont les racines, les branches, les fleurs, etc., croissent, se développent. "Les arbres commencent à des boutons, des feuilles. Cet arbre pousse ses racines entre deux terres. Les petites branches que les arbres poussent au printemps sont ordinairement rougeâtres. La vigne pousse beaucoup de bois. Cet arbre pousse bien du bois, ne pousse que du bois."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi verbe neutre. Il se dit De tout accroissement qui a lieu dans les arbres et dans les plantes. "Les arbres commencent à . Ces fleurs poussent déjà. Les blés ont déjà poussé."
Il se dit aussi De la barbe, des cheveux, du poil, des ongles, etc. "Sa barbe, ses cheveux, ses ongles, ont beaucoup poussé pendant sa maladie. Le poil des chevaux pousse pendant l'hiver."
Il se dit, en Architecture, Des terres, des voûtes, etc., qui font effort, par leur poids, contre les constructions destinées à les soutenir. "Les terres ont poussé contre le mur du quai, de la terrasse. L'arche a poussé contre les culées du pont. La voûte, l'arcade a poussé sur les murs."
"Ce mur pousse en dehors," Il se jette en dehors, il fait un ventre, et menace ruine.
Fig. et fam., "Pousser à la roue," Aider. "Il aurait obtenu cette grâce, si quelqu'un avait poussé à la roue."
"Pousser aux ennemis," Aller aux ennemis pour les charger. Il est vieux et ne se disait que De la cavalerie.
Fam., "Pousser jusqu'à tel endroit," Continuer sa route, sa marche jusqu'à tel endroit. "Nous poussâmes jusqu'à la ville. Poussons jusqu'à ce village, et là nous ferons une halte."
"Ce tableau pousse au noir," Ses couleurs noircissent.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



neutre, se dit aussi Des chevaux qui battent des flancs, lorsqu'ils ont la respiration difficile. "Un cheval qui pousse. Ce cheval pousse beaucoup."




Emplacement dans le dictionnaire :

pousse-fiche
pousse-goupille
pousse-navette
pousse-pied
pousse-pieds
pousse-pointe
pousse-pousse
poussée
poussement

pousser à bout
pousset
poussette
pousseur
poussier
poussiere
poussière
poussiéreux
poussif
poussin
poussoir




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...rongée par les vents et les pluies de quatre cents hivers. Elle était d'un gris foncé à reflets roses ; il y avait dessus, par plaques, ce lichen jaune, cette mousse du granit qui met des siècles à pousser et qui jette ses tons dorés sur toutes les vieilles églises bretonnes. Les gargouilles à laide figure, les petits monstres aux traits vagues, qui vivent là-haut dans l'air, grimaçaient à côté de...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...tombé a perdu son horreur ; la matière n'est jamais immonde d'une façon absolue. Dans l'obscurité, les bêtes invisibles des eaux profondes vont venir l'entourer ; les madrépores mystérieux vont pousser sur lui leurs branches, le manger très lentement avec les mille petites bouches de leurs fleurs vivantes. Cette sépulture des marins n'est plus violable par aucune main humaine. Celui qui est...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...ce même musée, je me rappelle avoir éprouvé par une après-midi de mars, un des plus singuliers symptômes de ce besoin de réaction qui, plus tard, à certaines périodes de complète détente, devait me pousser vers le bruit, le mouvement, la gaieté simple et brutale des matelots. C'était le mardi gras. Au beau soleil, j'étais sorti avec mon père, pour voir un peu les mascarades dans les rues ; et puis,...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...le soir, l'heure exquise du crépuscule. Dans le cabinet de mon frère, j'étais seul, depuis un long moment ; par la fenêtre, grande ouverte sur un ciel tout en or rose, on entendait les martinets pousser leurs cris aigus, en tourbillonnant par nuées au-dessus des vieux toits. Personne ne me savait là, et jamais je ne m'étais senti plus isolé dans ce haut de maison, ni plus tenté d'inconnu... avec un...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...avait bien eu l'air de sortir du vide extérieur. Alors, celui qui était chargé de la trompe, et qui l'avait négligée depuis la veille, se précipita dessus, en se gonflant de tout son souffle pour pousser le long beuglement d'alarme. Cela seul faisait déjà frissonner, dans ce silence. Et puis, comme si, au contraire, une apparition eût été évoquée par ce son vibrant de cornemuse, une grande chose...


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